Camerone 2010 : frères d'armes

Editorial du COM.LE du Képi blanc N° 721

Pourquoi avoir choisi le thème "frères d'armes" pour commémorer le 147e anniversaire du combat de Camerone ?... Après tout, cette célébration est une fête spécifiquement légionnaire et le combat de Camerone lui-même fut celui d'une unité isolée du corps expéditionnaire français au Mexique. Je voudrais partager avec les lecteurs de Képi blanc les idées fortes qui m'ont conduit à ce choix de l'ouverture.

D'abord la fraternité d'armes n'est pas une nouveauté. La Légion a même très rarement combattu seule, livrée à elle-même, au cours de l'histoire de notre pays :

Les engagements récents, que ce soit en Afghanistan ou en ex-Yougoslavie, se sont tous inscrits dans une triple logique : interarmes, interarmées et interalliée. Les Camerone de demain seront des combats qui ne se livreront plus jamais seuls.

Il faut ensuite se rappeler que la fraternité d'armes relève d'un référentiel commun à l'ensemble des hommes et femmes qui portent les armes de la France. Elle est certes "fondatrice" pour nous légionnaires qui avons pour mission d'amalgamer des étrangers venus de tous les horizons pour servir un pays qui n'est pas le leur. Pour y arriver, nous puisons dans le souvenir de Camerone de nombreuses valeurs que nous avons depuis inscrites dans notre code d'honneur : fidélité à la parole donnée, culte de la mission, esprit de corps et de sacrifice, courage, discipline, respect de l'ennemi...

Mais il est juste de reconnaître que nous n'avons pas le monopole de ces valeurs : nous les partageons avec de nombreux frères d'armes. Et nous devons nous souvenir que la modestie fait, elle aussi, partie intégrante de notre savoir-être : nous pouvons être fiers de ce que nous sommes, rester attentifs à cultiver l'excellence, croire que nous sommes une troupe d'élite, sans pour autant nous ériger en donneurs de leçons, "laissant le soin aux autres de découvrir notre force", selon la formule consacrée. Camerone sera en 2010 l'occasion, outre le traditionnel hommage à nos anciens, de témoigner notre reconnaissance et notre amitié à nos camarades de combat de tous les continents et de toutes les époques, avec lesquels nous partageons bien davantage que des souvenirs ou des enseignements tirés.

Enfin, la fraternité d'armes est, pour l'avenir, un puissant gage de réussite opérationnelle, une piste essentielle pour une meilleure efficacité au combat. Au-delà des simples mots de cohérence, de cohésion, d'unité d'action ou de synergie, elle recouvre des notions tout aussi importantes de connaissance mutuelle, de respect et de solidarité. Elle se forge dès le temps de paix, dans une saine émulation, source de progrès et d'enrichissement, qui, sans effacer la concurrence, doit en priorité viser à un engagement coordonné, dans le souci constant de la sécurité et de la mission de chacun. En opérations, la fraternité d'armes se traduit en termes de missions : soutien, appui, recueil, diversion, renseignement, exploitation, complémentarité... La fraternité d'armes doit plus que jamais permettre au chef non d'additionner des forces, mais d'en démultiplier la puissance et ainsi donner tous ses effets à la complémentarité des moyens engagés.

C'est cette fraternité d'armes que nous voulons vivre et promouvoir : non seulement une tradition légionnaire cultivée avec soin pour ce qu'elle nous apporte en termes de cohésion, mais aussi le moteur indispensable à toute victoire militaire.

Bonne lecture à tous

Général de brigade Alain BOUQUIN

| Ref : 73 | Date : 26-04-2010 | 22871