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La silhouette du légionnaire

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| 06 Avril 2010 | 28876 vues
Editorial du COM.LE du Képi blanc N° 720

Un de mes prédécesseurs avait fait de la "silhouette" un objectif majeur : il s'agissait d'éliminer de nos rangs ceux de nos légionnaires dont le profil physique avait perdu au fil du temps de sa souplesse et de sa virilité guerrières. Un tel combat visant à chasser les "petits gros" pourrait aujourd'hui passer pour une forme de discrimination… A-t-il pour autant perdu toute son actualité?

La forme physique du combattant demeure en effet un des fondamentaux de la capacité opérationnelle d'une troupe ; et la silhouette en constitue la manifestation la plus visible. Notre code d'honneur rappelle d'ailleurs très clairement cette règle de base : "tu as le souci constant de ta forme physique".

Un soldat bien entraîné doit pouvoir supporter les conditions du combat moderne : environnement climatique sévère, terrain accidenté, enchaînement rapide des actions de combat, poids de l'équipement individuel, dureté des engagements... Et il doit non seulement être apte physiquement à faire face à des conditions extrêmes, mais surtout rester en mesure de conserver ses facultés de volonté, de réflexion et de décision sans que la fatigue corporelle accumulée ne vienne altérer ses ressources mentales et psychologiques, selon le vieil adage de nos anciens : "mens sana in corpore sano".

Mais la silhouette a d'autres vertus. Une allure martiale a de tous temps été le propre des troupes professionnelles. Elle contribuait jadis à impressionner l'ennemi avant la bataille, à la manière des guerriers spartiates, des janissaires, des lansquenets ou des grognards de la garde impériale. Et c'est pourquoi elle était cultivée avec soin, jusque dans les moindres détails vestimentaires et dans la gestuelle collective.

L'allure reste aujourd'hui partie intégrante de ce qui fait la fierté d'une troupe : tenue ajustée, buste droit, regard haut et ferme, visage impassible... Elle est l'image que le légionnaire souhaite renvoyer de lui-même et de l'unité dans laquelle il sert. Elle témoigne de sa résolution, de son énergie, de son engagement, de son courage sous le feu. Elle est un reflet de la jeunesse et des vertus qui s'y rattachent : audace, dépassement de soi, goût de l'effort. Elle est en ce sens une marque de fabrique de l'identité légionnaire.

L'allure est aussi consubstantielle d'une certaine élégance, qui ne se limite pas à la tenue, mais se conçoit dans un comportement fait de générosité et de don de soi. Elle est enfin garante d'une forme d'exigence individuelle qui fonde le comportement collectif, l'esprit de corps et le "calme des vieilles troupes".

Au-delà de la simple recherche d'un profil physique avantageux (qui ne doit en aucun cas conduire à des dérives inacceptables comme la consommation de produits dopants à des fins de "gonflette"), c'est donc celle d'un style spécifique qui doit être privilégiée. Ce style doit intégrer divers ingrédients : maîtrise de soi, rigueur dans l'attitude, performance sportive. Il doit permettre à la troupe de dégager une impression de force, de détermination et de confiance. Ce style doit aussi conduire à écarter tout ce qui est de nature à corrompre la forme physique, en particulier les pratiques addictives qui en diminuent le niveau (tabac, drogue et alcool). Il repose sur une préparation physique et sportive continue, régulièrement contrôlée et mesurée, mais aussi sur l'aguerrissement qui doit viser à préserver la robustesse et la rusticité.

C'est pourquoi il est fondamental, pour chacun d'entre nous, cadres et légionnaires, d'apporter un soin tout particulier à notre silhouette, au propre comme au figuré, afin de pouvoir continuer à dire, à la manière de Cyrano de Bergerac : "c'est moralement que j'ai mes élégances !"

 

Bonne lecture à tous

Général de brigade Alain BOUQUIN