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Camerone 2020 : s'engager pour vaincre

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| 14 Avril 2020 | 4261 vues

"Cette année, le contexte exceptionnel et la crise que nous affrontons, feront que nous célébrerons la 157e commémoration du combat de Camerone autrement"

En 2020, la Légion célèbre les 80 ans de la 13e Demi-brigade de Légion étrangère et les 100 ans du 4e Régiment étranger. A l'heure de commémorer le 157e anniversaire du combat de Camerone, les symboles portés par ces deux anniversaires résonnent avec force dans le monde légionnaire.

Le 30 avril 1863, à Camerone au Mexique, la compagnie du capitaine Danjou s'engage corps et âmes pour vaincre l'ennemi, malgré des circonstances défavorables : une terre aride, un climat étouffant, une compagnie désignée haut-le-pied, des cadres dont la spécialité n'est pas le combat, une poignée de légionnaires déterminés face à des centaines d'hommes. Et voilà la Légion étrangère qui rentre dans sa légende. Elle y entre par l'engagement sans réserve de ses légionnaires, qui s'engagent pour le fanion, pour l'honneur, pour les camarades, pour le chef, pour respecter la parole donnée. Mais surtout pour vaincre : on peut toujours arguer du fait que ces braves, submergés par le nombre et ayant combattu jusqu à l'extrême limite de leurs forces, aient tactiquement perdu. Mais la mission est sacrée et elle est remplie, car les légionnaires de Danjou, en fixant l'ennemi, ont permis le passage du convoi, ce qui fut essentiel pour la suite du conflit. C'est justement en cela que Camerone possède toutes les caractéristiques du combat fondateur, concentrant les plus hautes vertus militaires, inspirant sans cesse, portant en lui et à travers les âges l'héritage sacrificiel, non pas des causes perdues, mais des causes qui méritent d'être défendues jusqu'au bout.

S'engager avec les Français libres pour vaincre le nazisme, tel fut l'élan qui portait les héritiers de Camerone en 1940. À son retour de Norvège, la 13e DBLE trouve une situation fort confuse. Convaincu que le Légion doit continuer le combat, le lieutenant-colonel Magrin-Vernerey, dit Monclar, offre le choix de poursuivre la lutte. La moitié des effectifs se rallie à la France libre. L'épopée de la 13e DBLE traverse l'Erythrée, la Syrie, sauve l'honneur à Bir Hakeim. Son chef de corps emblématique, Dimitri Amilakvari, tombe au champ d'honneur lors de l'attaque du Quaret d'El Himeimat. La campagne d'Italie, les actions d'éclat de Radicofani et la campagne de France achèvent de lier la Légion étrangère à l'Ordre de la Libération : 97 compagnons sortiront de ses rangs, mêlant à jamais l'unité et l'Ordre dont la France célèbre cette année le même anniversaire.

En Indochine, deux autres chefs de corps renom tomberont à sa tête, Gabriel Brunet de Sairigné et Jules Gaucher, portant haut l'héritage de cette Phalange Magnifique qui compte à ce jour plus de 3 700 tués au combat.

Enfin, s'engager dans la Légion étrangère pour vaincre dans la vie reste l'objectif de ceux qui viennent chercher dans nos rangs une seconde chance. Le 4e Régiment étranger, école et creuset de la Légion, fonde l'ensemble de ses savoir-faire sur une règle simple : la Légion ne transforme pas les hommes, elle les révèle à eux-mêmes. Vaincre ses appréhensions, dominer ses peurs, repousser ses démons, travailler sur ses défauts ou ses faiblesses, faire connaissance avec ses propres limites en s'engageant à la Légion étrangère, c'est cheminer résolument sans regarder en arrière. Un de nos grands anciens, qui sauta sur Dien Bien Phu et fut prisonnier du Vietminh, me disait : «  la Légion m'a appris à accepter ce que l'on ne pouvait pas changer et à sans cesse aller de l'avant ». Commencer une vie de légionnaire, choisir un nouveau départ, c'est accepter la page blanche, la remise en cause et faire de l'humilité et de la dignité le terreau de son engagement au service de la France. Marcher dans les pas de ses anciens, c'est aussi être prêt, à tout moment, à écrire une page de gloire de l'Histoire de France.

Cette année, le contexte exceptionnel et la crise que nous affrontons, feront que nous célébrerons la 157e commémoration du combat de Camerone autrement, en communion avec ceux qui sont en opération, avec ceux qui se relèvent d'une blessure ou ceux qui luttent contre le maladie loin de leurs camarades. Le 30 avril prochain sera donc un Camerone particulier, comme il en existe tant dans la vie des légionnaires, dont la vocation n'est pas la routine et qui, où qu'ils soient, quoi qu'ils fassent, ont plus particulièrement ce jour-là, le cœur tourné vers le sacrifice des hommes du capitaine Danjou.

 

Général de brigade Denis Mistral,
commandant la Légion étrangère
(Editorial du magazine Képi-blanc N° 830)