Paroles de légionnaires

C'est un gros livre relié cuir ; vert et rouge bien sûr. Il est à la Maison-mère, détenu par le président des sous-officiers de la Légion étrangère. Chaque fois qu'un de nos sous-officiers totalisant plus de vingt-cinq années de services quitte l'Institution, il le remplit avec soin pour laisser une dernière empreinte avant de rejoindre la vie civile. Imaginez : un quart de siècle dans les rangs de la Légion, on a forcément des choses à dire...

Sur la page de droite, deux photos :
- la première, en noir et blanc ; un vieux portrait des années soixante-dix ou quatre-vingts, avec la traditionnelle ardoise où figurent le nom et le matricule; portrait d'un jeune homme frêle aux yeux inquiets et rebelles qui trahissent à la fois des incertitudes ou des blessures, et la volonté de s'en sortir ;
- la seconde en couleur ; le même homme ; quelques rides en plus ; mais la tête haute, la poitrine bardée de décorations, le regard fier, posant avec assurance et prestance devant le monument aux morts de la Légion; le même homme, en plus solide, affichant ses convictions, ses valeurs, son énergie, sa foi en l'avenir.

Sur la page de gauche, quelques lignes ; des mots simples, des mots parfois profonds, des mots souvent naïfs,"des mots toujours forts ; ils sont écrits avec le coeur, sans complaisance ; ils expriment la reconnaissance, la fierté"du parcours effectué, l'attachement à la Légion... Mais laissons-les parler, ces "maréchaux de la Légion".

"Je suis rentré en gamin et je quitte en homme : je ne regrette rien."
"Je quitte la Légion comme j'y suis entré, avec beaucoup d'humilité et de reconnaissance pour la France, ma terre d'accueil ; merci à cet édifice remarquable qui m'a permis de devenir un homme, merci à la Légion qui m'a tendu la main et m'a donné une seconde chance ..."
"Notre Institution est et sera car elle possède à la base de son fondement, la plus redoutable des armes, "l'homme"! Il faut l'accepter, le comprendre, l'éduquer, l'intégrer, et surtout l'aimer, et il deviendra "le légionnaire", le meilleur soldat de la terre."
"C'est le rôle historique de notre pays que d'ouvrir les bras à tous ceux qui viennent lui demander asile pour assurer leur liberté ou sauvegarder leur conscience."
"Ces années ont été pour moi une véritable école de la vie ; j'y ai beaucoup appris sur les plans humain et professionnel ; je pars avec le sentiment de quitter une véritable famille."


"Honneur à vous, enfants de tous pays, vous qui êtes venus servir ce beau pays, la France, en faire votre seconde patrie et accepter ses us et coutumes, jusqu'au sacrifice s'il le fallait."
"Adieu, ma vieille Légion ; tu m'as beaucoup donné; moi aussi j'ai bien donné : la jeunesse de mes vingt ans, la force de mes trente ans, l'expérience de mes quarante ans et la sagesse de mes cinquante ans..."
"Je sais que tout à l'heure, lorsque je franchirai le portail pour la dernière fois, au même moment, un jeune gaillard la franchira dans l'autre sens, et comme moi, il t'aimera passionnément..."
"En errance et en désaccord avec la société, un jour de janvier 1969, j'ai frappé à la porte de la Légion, pour y vivre l'aventure... J'ai vécu et partagé une aventure humaine intense et incomparable durant toutes ces années dans ses rangs..."
"Je me suis présenté à la Légion avec un espoir, celui de ne plus me retrouver en France dans une situation irrégulière ; j'ai été accepté par cette institution prestigieuse et unique au monde ; je la remercie de m'avoir supporté pendant toutes ces années ; je la remercie de m'avoir permis de réussir une belle carrière, de fonder une famille, d'éduquer mes enfants et, par-dessus tout, d'être devenu un homme "complet"."


"De l'engagé volontaire anonyme en quête d'un idéal au sous-officier aguerri et fier de sa condition : un quart de siècle au service de la Légion étrangère."

Voilà ce que disent en partant les plus fidèles de nos serviteurs. Ils apportent là une réponse vibrante à ceux qui voudraient que la Légion cesse d'être "un monde à part", se refusant à comprendre que sa réussite vient pour une large part de sa singularité. Ils témoignent à leur manière de sa formidable capacité d'accueil, d'intégration et de promotion sociale. Ils montrent, si besoin était, que ceux qui nous quittent parfois amers et déçus ne constituent qu'une minorité infime. Ils expriment tout l'orgueil, toute la force et toute la détermination d'une famille légionnaire qui continue à croire à ses valeurs. Ils confirment enfin que la Légion, si elle demande beaucoup à ceux qui s'y engagent, reste en mesure de leur apporter dans la plupart des cas ce qu'ils étaient venus y chercher.

 

Général de brigade Alain BOUQUIN - Editorial du COM.LE du Képi blanc N° 719

| Ref : 60 | Date : 09-03-2010 | 25259